« De la favela au bâtiment aseptisé »

Le 1er décembre Lionel Vincent et Mohamed Lazreg ont fêté leurs 20 ans au Diaconat. Recrutés à l’occasion de l’ouverture du Centre d’Accueil d’Urgence rue Catulle Mendes en 1999, ils ont, tout comme le reste de l’équipe en place, accompagné le changement de statut en CHRS (2008). Après la réunion des deux CHRS et le regroupement au sein du pôle hébergement une vision plus globale s’est mise en place.

Des conditions d’accueil et de travail améliorées
Au départ CAU, Mamré proposait 34 places hommes et femmes pour 10 nuits. Reliquat de l’enveloppe budgétaire des anciens combattants marocains, il a fallu faire ses preuves. Cela a pris 10 ans, 10 années à faire avec les moyens du bord, pour tenir la structure hors de l’eau (au sens propre et figuré) et acquérir expérience et reconnaissance.
Après être devenu CHRS, l’offre de service s’est étoffée : allongement de la durée de séjour et d’accompagnement, création d’un réseau de partenaires, formation des équipes ; Mohamed et Lionel sont passés de surveillants de nuit à animateurs pour être aujourd’hui respectivement hôte de maison (diplômé moniteur éducateur) et référent de parcours (diplômé éducateur spécialisé).



Favoriser l’autonomie
Aujourd’hui, la condition sine qua non pour parler de réinsertion, c’est l’hébergement, les minimas sociaux ne suffisant pas. Les personnes accueillies sont donc dans un parcours d’insertion, et le CHRS n’est qu’une étape de leur parcours. ‘La stratégie d’essaimage de service mise en place au Diaconat est représentative des vrais besoins. Les choses évoluent car le monde bouge bien que les personnes restent les mêmes’ Lionel.
Bien qu’ayant été anticipée, travaillée avec les équipes au regard de leurs appétences et points de vue, la réorganisation initiée en 2016 montre ses limites ; compression des équipes, travail multi sites… il y a moins de présence humaine. ‘Certes, les personnes apprennent à faire par elles-mêmes dans la vie quotidienne, mais comment trouvent-elles des réponses à des situations qui demandent d’être réactif alors que nous sommes moins disponibles ?’ Lionel. ‘Celles qui travaillent sont très peu présentes sur la structure tandis que celles qui restent ici sont d’autant plus solitaires que la structure est vide d’habitants’ Mohamed. Les rapports sont plus tendus, et la prise en charge plus complexe.

De Réadaptation à Réinsertion, la commande de l’Etat reste d’apporter les réponses nécessaires pour qu’une personne vive avec les autres en société. Bien que tout ne soit pas parfait, Mamré a pris le parti d’inverser le raisonnement social en s’attachant aux envies et attentes des personnes. Une méthode réaliste et réalisable puisque le site Mamré compte 83% de personnes mises en emploi (données 2018).

Propos recueillis par Elodie Biscarrat