Un écho de la Journée Mondiale des Réfugiés organisée au Diaconat de Bordeaux le 20 juin 2017

On est passé devant cent fois sans y prendre garde. Dans l’ombre de ses brillantes voisines – l’ancienne chapelle baroque qui le jouxte (aujourd’hui Temple du Hâ) et la cathédrale toute proche – le bâtiment aux murs gris qui abrite le Diaconat de Bordeaux n’accroche pas le regard. Avant d’avoir à pousser la modeste porte bleue du 32 rue du commandant Arnould, on ne s’était pas demandé ce que cette austère bâtisse pouvait renfermer, quelles vies la traversent, ni quels destins s’y croisent.

Alors, le jour où l’on en franchit le seuil, attiré par les flots d’une musique inconnue, c’est tout un petit monde qu’on y découvre, un concentré d’humanité en quelque sorte.

Il y a ces gens venus d’ailleurs, jeunes ou moins jeunes, à la mine encore inquiète ou déjà soulagée, qui se sont fait une petite place dans un coin du jardin et se retrouvent pour discuter ; il y a ces femmes dont les yeux trahissent la fatigue quand ils ne pétillent pas d’espérance ; et puis tous ces enfants qui vous désarment lorsqu’ils vous gratifient de l’infinie blancheur de leurs sourires. Ce ne sont pas des masses de réfugiés en larmes : ce sont des hommes qui vous font face, c’est peut-être Lazare revenu d’entre les morts, c’est toujours le Pauvre qui rappelle sa présence parmi nous.

Il y a aussi ces gens d’ici, ceux dont la mission est d’aider celui qui vient à trouver sa place, à faire son chemin, à conserver sa dignité au milieu des épreuves toujours recommencées. Ils écoutent, ils assistent, ils orientent : c’est un sacerdoce sans prétention, c’est le beau métier qu’ils se sont choisi. Mais ce ne sont pas des surhommes : et s’ils mesurent leur temps et leurs forces, c’est parce qu’ils savent que la route est longue et pleine d’embûches.

Il y a enfin ces gens d’ici ou là, ces artistes, ces retraités, ces étudiants, ces bénévoles, ces salariés et ces cadres de tous les secteurs professionnels, ces citoyens de toutes origines, qu’une foi authentique, proprement religieuse ou simplement humaniste aiguillonne au quotidien ; certains ont eux-mêmes connu la gêne ou le déracinement, et parce qu’ils ont autrefois été secourus, sentent que c’est à leur tour de rendre service ; d’autres, que l’existence a favorisés, s’estiment probablement redevables. Ce ne sont pas des saints pour autant : mais ce sont des gens bien, assurément.

 

Tarik BELLEFQIH
Intervenant social et Coordonnateur de bénévoles au Diaconat de Bordeaux