FOCUS STRUCTURE : Mamré > Un appui solide afin de mieux rebondir

 
(façade de Mamré en 2008 et 2018 )

Depuis mon arrivée, j’entends souvent la comparaison du CHRS avec la prison ; après tout, elle aussi prétend « héberger et réinsérer », mais alors quelle différence ? Foucault expliquerait que la prison est une institution d’abord désinsérante. L’hébergement qu’elle propose enferme, limite, cantonne. En CHRS cela doit être l’inverse.

D’abord l’admission fait l’objet d’un choix, et même si c’est souvent celui du « moins pire », savoir reconnaître ce qui est le mieux pour nous-même est le signe d’une force vitale qui demeure, d’horizons plus ou moins lointains qui continuent d’exister. L’hébergement en CHRS n’a rien d’une peine ; il doit au contraire libérer, élargir, ouvrir, réinsérer… pour de vrai. Selon le Larousse, « héberger » signifie « donner un logement provisoire à quelqu’un » et « réinsérer », « insérer de nouveau quelque chose (ou quelqu’un) quelque part ».
Afin de répondre aux missions qui lui sont confiées, Mamré doit donc être perçu comme l’espace permettant à chaque personne accueillie de s’en construire un nouveau avant d’y mettre les pieds une bonne fois pour toutes. En gros ; c’est sous un toit qu’on se prépare à rester sous un toit (plutôt que dehors, en prison ou dans un autre pays…).

 

Héberger ET Réinsérer, cela me semble parfaitement logique oui. Mais comment le faire une fois sur le terrain ? En 2018, l’équipe de référent.es est remaniée en 4-4-4-2 ; 4 Maître.sses de maison, 4 Animateur.ices, 4 Référent.e de Parcours, 2 Coordinateur.ices. Les 2 premières catégories sont regroupées sous le nom d’Hôtes (avec un grand H!). Au début, je pensais vraiment que ce « H » définissait mon champ d’action ; l’hébergement, et que les « RP » avait le leur ; la réinsertion, et que de cette manière, nous mettions en place une division du travail plus efficace. Mais par moment, je pensais vraiment ne pas servir à grand chose. Les résident.es ne juraient que par l’accompagnement administratif, professionnel, les démarches de logement… bref, tout ce que je ne sais pas trop faire quoi. Mamré ? Ils s’en fichent pas mal : ce n’est pas chez eux, ils cohabitent avec « des clochards », « des cotoreps », « handicapés », « malades mentaux »… C’était impossible pour moi « d’animer les personnes par l’hébergement », je faisais face à un désintérêt total qui en devenait même dangereux pour ma propre considération de mon travail. Et à force d’observer mes collègues réferent.es de parcours, j’ai compris : leur champ d’action, et donc celui des hôtes également, relève tout autant de l’hébergement que de la réinsertion : le collectif ainsi que les murs représentent un microcosme de la société à laquelle aspire chaque personne accueillie, avec ses droits et ses devoirs. L’hébergement devient alors un outil permettant de mettre en application ou de jauger tout ce qui est mis en place afin de réinsérer. La structure est un cocon tout autant qu’un tremplin. La réinsertion est une envie profonde de la part de la personne accueillie ; se sentir à sa place quelque part, et l’hébergement est une nécessité répondant à une problématique sociétale actuelle : celle du logement.

En réalité, il est impossible de dissocier les deux dans nos pratiques. Nous devons systématiquement agir afin de propulser les personnes hors des murs du CHRS afin qu’elles soient en accord avec l’extérieur ; que ce soit au travail, ou même à la séance de cinéma à laquelle elles assistent par exemple. Et nous avons tous besoin de ce bon vieux Mamré.

(archive photo 2010)

Par Martin ALLENNE, Animateur socioculturel, CHRS Mamré